Chacun
se souvient en effet encore aujourd'hui de cette girafe
avec laquelle on jouait étant petit, sur le ventre
de laquelle on pressait pour entendre un couinement. Plus
connu sous le nom de Sophie, ce jouet voit le jour en
1961. Il s'agit de la deuxième girafe commercialisée
par Delacoste. La première, née en 1959
et mesurant 46 cm, s'appelait Zoé. Trop grande
et peu adaptée aux mains des enfants, elle est
rapidement remplacée par Sophie, dont le nom aurait
été choisi en référence à
la fête célébrée le jour de
sa sortie de l'usine, le 25 mai. Cette nouvelle girafe
se caractérise par sa taille, 18 cm, par le positionnement
de sa tête,tournée vers la gauche, et de
sa queue, moulée dans sa patte arrière droite
- alors que Zoe regardait vers l'avant et levait sa queue
en l'air. Elle est réalisée en caoutchouc
naturel ; son corps blanc cassé est recouvert de
taches marrons ; ses yeux sont peints noirs, et ses cornes
et ses sabots sont marrons. Le succès de Sophie
est tel que la gamme s'enrichit de cousines : Mona et
Cléo, qui mesurent respectivement 22 et 31 cm.
Mais seule Sophie connaît un succès légendaire
qui lui vaut l'honneur, 42 ans plus tard, d'être
toujours présente sur le marché.
VULLI
La société Vullierme, du nom de son fondateur
Joseph Vullierme, voit le jour en 1946 à Rumilly,
en Haute-Savoie. Quelques années après le
rachat de la société Delacoste, en 1993,
c'est donc tout naturellement que la production de jouets
en caoutchouc est transférée de Paris à
Rumilly. Sur le site savoyard, une trentaine de personnes
poursuivent la production de la girafe Sophie qui, avec
ses 400000 exemplaires vendus par an, devient le jouet
le plus populaire de France. Aujourd'hui, la société
Vulli, spécialiste renommé dans le monde
de la puériculture et du jouet premier âge,
compte environ 60 salariés. Parmi eux, quelques-uns
côtoient quotidiennement Sophie : il s'agit du préparateur
du latex, dont la formation dure au moins six mois, mais
qui à terme connaît parfaitement les formules
chimiques donnant à la girafe sa texture et son
odeur ; ainsi que de deux ouvrières apposant au
pinceau les yeux noirs, les taches marrons, les sabots
oranges et les pommettes roses. En effet, depuis sa naissance,
Sophie n'a pas subi une modification, ni en terme d'aspect,
ni en terme de procédé de fabrication. Elle
est fabriquée dans le même moule en plâtre
depuis 1961, et est le résultat d'un pur artisanat
français. Il est impensable, pour le patron de
la société Jean-Claude Strasbach, de délocaliser
la production de Sophie en Chine. Alors même que
40% des produits de la marque y est sous-traité.
Mais Sophie est un cas à part, moins cher à
fabriquer en France. Cette exception française
est alors jalousée par les concurrents de Vulli,
tel le leader mondial Playskool, qui commercialise une
girafe aux taches jaunes et aux oreilles bleues, fabriquée
en Chine. En 1996, le fabricant de Sophie intente un procès.
Le retrait de la girafe Playskool a été
exigé, bien que le procès se poursuive encore
aujourd'hui. En 2003, la société Vulli apparaît
donc bien comme le leader du jouet couineur en caoutchouc.
Ce quasi-monopole de la société Vulli sur
le marché des jouets couineurs ne la dispense toutefois
pas de veiller à la qualité de ses produits,
afin que l'enfant soit à l'abri de tout danger
en jouant avec son "pouêt".
En
un siècle, les fabricants de jouets couineurs en
caoutchouc ont quasiment tous disparu. Il ne reste, comme
nous l'avons vu, guère plus que Vulli. Pourtant,
la production de ces jouets ne devrait pass'arrêter
de sitôt, tant la société est consciente
de leur importance pour les enfants. Sophie représente
certes un lien intergénérationnel ; elle
permet aux parents de partager leurs souvenirs d'enfance
avec leurs propres enfants, au cours des jeux avec la
célèbre girafe. Mais surtout, le jouet couineurinter
vient directement sur le développement de l'enfant.
D'où l'importance pour le fabricant de respecter
les normes en vigueur dans le secteur.
Les
animaux et sujets en caoutchouc appartiennent à
la catégorie des jouets premier âge, ou sensorimoteur.
Ils favorisent ainsi le développement de la motricité
fine chez les enfants de 4 à 12 mois ; ces derniers,
en tentant d'attraper leur jouet, de le presser pour qu'il
émette des sons, affinent leurs gestes.Le "pouêt"
intervient, entre 4 et 7 mois, dans l'éveil de
l'enfant. De par ce qu'il représente, il permet
àl'enfant de s'identifier, de créer des
liens avec les êtres qui l'entourent, d'appréhender
le monde. Ces animaux ou ces sujets, lorsqu'il les rencontrera,
quelques mois plus tard, lors de promenades ou à
la télévision, ils les reconnaîtra.Enfin,
ce jouet en caoutchouc éveille ses sens. L'ouïe
est alertée par le sifflement succédant
lapression ; la vue s'éveille face à ses
à ses couleurs douces ; la texture molle du caoutchouc
influe sur le développement du toucher ; l'odorat
est stimulé par les parfums décelés
lorsque le jouet est porté à la bouche.
Les autres avantages du jouet couineur en caoutchouc sont
sa résistance aux chocs, sa capacité de
torsion, sa souplesse, qui favorise l'émission
du couinement ; le fait qu'il soit lavable, en raison
de l'utilisation de couleurs indélébiles
et alimentaires, rend par ailleurs ce jouet très
hygiénique.
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