
«
Osez aimer votre fils ! »
Alain
Braconnier, psychanalyste : « Osez aimer votre
fils ! »
Dans "Mère et Fils" (Odile Jacob,
2005), le psychanalyste Alain Braconnier décrypte
les ressorts de cette relation d’amour et pousse
les mères à l’assumer pleinement.
Pourquoi
les mères craignent-elles de trop ou de mal
aimer leurs fils ?
Alain
Braconnier : Un certain discours psy a beaucoup
culpabilisé les mères. On leur a attribué
toutes les difficultés de leurs enfants. Si
ces derniers étaient hyperactifs ou anorexiques,
c’est parce qu’elles s’étaient
montrées trop distantes ou trop protectrices.
Je m’insurge contre ces explications simplistes.
Le développement d’un enfant est lié
à de multiples facteurs. On a aussi mal vulgarisé
le complexe d’Œdipe, qui n’est qu’un
fantasme, une métaphore. Quand un enfant de
3 à 6 ans déclare à sa mère
qu’il veut l’épouser, il lui manifeste
son amour, mais aussi son monde imaginaire : il ne
pense pas réellement se marier avec elle !
Sa mère doit certes lui rappeler que c’est
impossible, que la place est déjà occupée.
Mais du même coup, trop de mères culpabilisent
de manifester de la tendresse pour leurs fils. En
revanche, elles doivent impérativement prendre
leurs distances à l’adolescence, car,
devenu un homme, leur fils est susceptible d’être
troublé par leur féminité.
Les mères craignent qu’en
aimant trop leurs fils ceux-ci deviennent des hommes
fragiles, trop sensibles, des homosexuels même,
comme Proust ou Cocteau…
Une mère n’aime jamais trop son enfant,
qu’il s’agisse d’une fille ou d’un
garçon. Elle doit simplement lui permettre
d’aimer aussi d’autres personnes qu’elle.
L’amour est à la base de l’estime
de soi, c’est une remarquable « nourriture
narcissique », qui aide les êtres humains
à aller loin. Les hommes qui ont réussi,
que ce soit en politique, dans les arts ou dans les
sciences, ont souvent été très
proches de leur mère : Mozart, Freud, Marx,
Einstein, Proust… Mitterrand, Chirac, Clinton
également, qui dédicace ainsi son autobiographie
("Ma vie", de Bill Clinton - Odile Jacob,
2004, réédité en poche en avril)
: « A ma mère, qui m’a donné
l’amour de la vie. »
Les
femmes d’aujourd’hui travaillent davantage.
Cela a-t-il modifié le lien qui les unit à
leurs fils ?
Les femmes ont changé de statut. Elles travaillent,
elles ont une vie sociale en dehors de la famille,
et leurs fils sont fiers d’elles. Elles sont
devenues un second modèle d’identification
pour eux. Par ailleurs, les mères apportent
à leurs fils la sensibilité, le sens
de l’écoute et du dialogue, des valeurs
féminines de plus en plus appréciées
par notre société contemporaine. Elles
leur apprennent également à exprimer
leurs émotions, ce que font rarement les pères.
Par leur exemple enfin, les mères incitent
leurs fils à nouer des relations plus égalitaires
avec les femmes. Notre génération n’avait
pas de modèle sur ce point, certains hommes
en ont peut-être souffert.