A
la pêche sous narines
Le
lundi 6 février 2006
Cher
journal
Je viens de vivre
ce soir une expérience fort douloureuse. J’ai
beaucoup de mal à m’en remettre. Je vois
et je revois les images en boucle de cet évènement.
Ce ne sera vraiment pas simple d’oublier. Je
crache sur le papier, pour mieux extirper l’écoeurement
que cela m’inspire. Heureusement que tu es là
cher journal, près de tels évènement
Et aprés on se demande d'où me vient
ce besoin d'écrire?
Ce soir j’ai proposé à une de
mes collègues de la raccompagner chez elle,
car comme toujours les transports en communs sont
en grève. Je l’ai installé derrière
car comme tu le sais cher journal, la place avant
passager de ma voiture est réservée
à microbe. Il y a donc son panier en mousse
posé sur le siège. J’ai donc tout
d’abord essayé de le soulever mais des
centaines de poils, que dis-je des milliers ce sont
envolés me chatouillant le nez, je dirais même
plus me mettant la goutte au nez. J’ai d’ailleurs
éternué 4 ou 5 fois avant de renoncer
définitivement à cet acte et d’installer
ma collègue à l’arrière
en compagnie de mes journaux à ragots des 5
derniers mois.
Dans la voiture, c’est curieux, on se sent à
l’abri, pour un peu que l’on mette la
musique, on pourrait se croire chez soi, à
l’abri derrière ses rideaux. On oublie
très vite le regard des autres conducteurs
dans leur voiture. C’est intimiste comme endroit.
Moi je profite des embouteillages pour parfaire ma
manucure, faire la liste des courses, téléphoner
aux copines. Bref revenons à nos moutons.
Je conduis et je parle de ci et de la de notre journée
commune à madame Némo (ce sera son nom).
Je l’entend parfois qui renifle sûrement
à cause de la tempête de poil de tout
à l’heure, je lui propose même
un mouchoir, qu’elle refuse de prendre en me
disant qu’elle a ce qu’il faut sur elle.
J’arrive à un feu, et comme tout les
conducteurs je jette parfois un œil sur ce qui
se passe à l’arrière. Et la je
suis stupéfaite, je vois madame Némo
en pleine pêche sous narine. Visiblement son
index et même son majeur lui serve de Nautilus.
La pêche à l’air d’être
bonne, elle regarde son ongle french manucuré
pour voir son contenu et enfourne sa crotte fraîchement
attrapée dans sa bouche. Beurkk !! Ce n’est
pas possible, j’ai les poils qui s’hérissent
quand je revois ces affreuses images. Je suis même
un peu gênée de la situation sur le coup,
je décide de faire un coup d’état,
je profite d’un feu rouge pour me retourner
d’un coup sec. Madame Némo, surprise
et honteuse, dans un geste désespéré
se débarrasse aussitôt de sa crotte gluante
grâce à un puissant "lancé
du pouce". Dans un premier temps je n’étais
pas sûre de la trajectoire de sa crotte mais
en fin de compte elle s’est écrasée
contre mon pare brise avant..
Elle me regarde et me dit :
_ « comment voulez-vous déloger de votre
cavité nasale une crotte de nez bien accrochée
? Un mouchoir ne parviendrait tout au plus qu'à
la bouger légèrement. A l'inverse, un
bon petit ongle bien long parviendra à effectuer
le travail sans aucun mal. » Et se met à
rire nerveusement.
Je ris moi aussi mais super jaune, même peut
être vert. Je n’ai pas su quoi lui répondre
devant son argument de choix.
J’ai beau me dire qu’ en Angleterre, tous
les dimanches et ce dans les villages les plus reculés,
on organise des concours de lancer de crotte de nez
qui attire plus de 1.400 participants venus du monde
entier. Que le record du monde a été
battu en 1985 par un participant qui a lancé
sa crotte a plus de 54 mètres !! Et bien je
ne m’y fais pas….
Plus jamais je n’oserai la regarder en face
sans avoir envie de fuir ou de rire.