Dans
l'antre du dragon (5)
Mercredi
12 juillet 2006
S’en est suivi
une semaine sous le signe du silence. Jamais je n’ai
autant voulu qu’il y ait un bruit dans un bureau.
Parfois on pouvait entendre le froissement des ailes
d’une mouche rapide et frénétique.
Le bruit des ordinateurs remplissait le vide de la
pièce. On aurait dit le ronronnement sourd
du réfrigérateur dans la cuisine la
nuit. Tout prenait des dimensions disproportionnées.
Je n’osais même plus déplacer ma
règle de peur que le volcan ne se mette en
éruption. De temps en temps je lançais
un « excusez moi » lorsque mon crayon
papier roulait au sol sous la table.
Florence était d’un calme olympien. Stoïque
elle avait décidé de faire la grève
de la parole, Réduisant tout simplement son
vocabulaire à son mode d’expression le
plus simple. C'est-à-dire pratiquement rien.
Je n’avais pourtant pas l’impression qu’elle
bossait plus. D’ailleurs, étrangement
lorsque je m’approchais pour récupérer
des documents sur son bureau, la fenêtre active
de son pc se réduisait à la vitesse
grand « v ». Je l’observais à
distance et je voyais parfois sur son visage que son
petit rictus en coin s’installait. Son clavier
semblait animé de spasmophilie tellement elle
s’acharnait à taper vite et fort dessus,
quelque chose qui ne semblait pas être du tout
de l’ordre du travail. Qu’importe, dans
ces moment la elle m’oubliait et c’était
bien la l’essentielle. J’espérais
dans mon fort intérieur que toutes ces tensions
aller s’atténuer voir disparaître,
mais franchement il fallait être réaliste,
ce genre de personne, arrogante et fière attirait
irrésistiblement les problèmes. Je regrettais
amèrement d’avoir accepté ce contrat
de 6 mois si rapidement.
Un matin, florence reçut un coup de fil, elle
se leva précipitamment et quitta la pièce
sans un mot. Je regardais son siège vide devant
moi. Une petite voix s’anima en moi :
« Et si je jetais
un œil sur son écran ? Très mauvaise
idée, cela ne te regarde absolument pas, imagines
que florence revienne sur ses pas ! Oui mais quand
même… »
La tentation fut
trop grande je m’approchais de son bureau. Je
m’installais sur sa chaise et je regardais son
écran. Rien, il n’y avait sur son écran
que son écran de veille « des bulles
version 3D ». Je tirais le plateau de son clavier
vers moi. Il n’étais pas trop tard pour
renoncer et pourtant .. Je cliquais dans la barre
des taches en bas et je voyais une fenêtre réduite.
Je l’ouvris…
Et je découvris une page web, un site je crois
ou quelque chose avoisinant. Un texte y était
écrit .. Je remontais barre de défilement
jusqu’en haut de la page et la je découvris
sa photo.
Et la je compris avec stupeur que la dame se livrait
à quelque chose de dangereux. Elle écrivait
ses aventures ou ses mésaventures en ligne.
Elle débinait un a un ses collègues,
d’ailleurs j’en faisais partie (elle me
nommait « la bimbo sans cerveau de mon bureau)
. J’ai ressenti un goût amer dans la bouche.
Elle parle d’Annick, de monsieur bidule, de
Julie (sensée être son amie) qu’elle
assassine allègrement.. Bref un véritable
pugilat, une hécatombe verbale, un amas de
haine et de colère..
Je décidais de noter l’adresse du site
en question sur un bout de papier, je réduisis
la fenêtre, je prenais soin de replacer la chaise
au même endroit et je retournais à mon
bureau à pas de chat. Ma gorge était
sèche, ma langue rappeuse. Je n’ai pas
eu le temps de réfléchir à ce
que j’ai vu ni même de me servir un verre
d’eau car soudain la porte s’ouvrit, c’était
la grande Duduche, encor plus à cran que lors
de son départ. Elle retourna à son bureau
et la musique monotone de son clavier reprit de plus
belle.
A
suivre