Dans
l'antre du dragon (7)
Le
mercredi 26 juillet 2006
Cette
semaine, il s’est passé enfin quelque
chose.
Pour une fois que je suis témoin d’un
peu de justice, je tiens à t’en faire
profiter cher journal.
J’ai été cordialement invité
au repas gala de l’année de l’entreprise.
J’avoue ne pas trop aimer ce genre de soirée.
En général on y parle que de boulot,
de ragots et puis parfois on rencontre à l’angle
d’un bureau deux collègues ivres en pleine
gymnastique alors que leurs conjoints respectifs se
trouvent à la maison en train de garder leurs
bambins. Au tant dire que je passe souvent la soirée
à m’ennuyer, à tenir compagnie
à l’extincteur ou pire encore à
subir le « Boulet » de la boîte
en train de me faire du rentre dedans.
Cette soirée la fut différente, j’avoue
que si je n’y avais pas assisté, j’aurais
manqué un sacré évènement.
Elle avait plutôt bien commencé.
Nous papotions tous entre nous, un verre à
la main. On pouvait entendre parfois des rires éclatés
de part et d’autres de la salle que nous avions
loué pour cette occasion. On aurait dit un
regroupement d’ancien élève heureux
de se retrouver après 20 ans de séparation.
Florence
arrive enfin, vêtue d’une robe évasée
mis longue et noire. Son haut bustier soutenant parfaitement
tout ce qu’elle avance. Elle a mis pour l’occasion
des talons aiguilles et du coup surplombe tout le
monde. Elle sourit et regarde ses autres collègues
avec un œil critique. Elle semble rassurée
par ce qu’elle voit et avance enfin dans la
salle. Le big boss fait mine de l’accueillir,
il lui sert la main, lui donne une petite tape sur
l’épaule et lui propose même un
verre. Chose bien sûre qu’elle s’empresse
d’accepter, trop contente de montrer aux autres
qu’elle est dans les petits papiers du PDG.
Le PDG l’abandonne à son grand désarroi,
il préfère la compagnie de Mr bidule
et laisse florence à la merci de sa femme qui
s’empresse de lui tenir la grappe en lui racontant
ses petites histoires de ménagères,
sujet qui bien sûre n’intéresse
absolument notre Florence.
La
soirée avance et nous arrivons enfin au fameux
discours de gratification de l’année.
Le PDG fait une allocution sur la notion de la famille,
de coopération, de productivité au sein
de l’entreprise, il termine par les remerciements
de rigueurs et offre un trophée à l’employée
de l’année.
Il ne veut absolument rien dire ce trophée,
c’est juste une façon de montrer aux
employés qu’ils sont écoutés
mais pas forcement entendus mais bon dans le fond
chacun espère l’obtenir un jour pour
pouvoir le mettre sur sa cheminée.
Le
big boss annonce :
-« Et cette année le trophée du
meilleur employé sera attribué a …
»
-«
Florence Makah ! mes félicitations Florence,
c’est franchement bien mérité..
»
Florence
sourit, on sent une franche satisfaction, son ego
est sur le point d’exploser. Une belle victoire
pour elle.
Soudain
l’attitude des gens devient à son égard
froide et distante. Elle a un peu de mal à
comprendre, à réaliser ce qui se passe.
Les visages se figent, un grand silence se fait. Des
sourires en coins se dessinent sur la plupart des
visages. Des regards assassins commencent à
fuser. A cet instant l’atmosphère est
même limite inquiétante. Ce fut un grand
moment de solitude pour Florence
Et
puis on entend une voix surgir de partout et nulle
part à la fois et rugir :
-«
Et Vive la reine de glace ! »
De
petits rires remplissent la salle.
Je
viens d’assister à un lynchage en règle.
Le
big boss ne comprend absolument rien à ce qui
se passe, il demande au DJ de remettre la musique
en route avant de descendre de l’estrade.
Pauvre
Florence : cela a duré jusqu’à
la fin de la soirée elle est resté prostrée
dans un coin de la salle enfoncée dans son
fauteuil, le front humide, la gorge nouée ,
les cheveux en bataille. Impuissante face à
cette humiliation. A un moment, elle se décida
enfin à se lever et a quitter la soirée..
Ereintée et les traits tirées, sans
personne pour la raccompagné jusqu’à
la sortie.