Dans
l'antre du dragon (9)
Jeudi
3 Août 2006
Cher
journal,
Ce matin, ma chère et tendre collègue
de bureau est arrivée très en retard,
j’ai même tout d’abord cru qu’elle
ne viendrait pas. Je me faisais déjà
une joie de pouvoir profiter du bureau seule lorsque
soudain la porte vola sous l’effet d’une
puissante poussée.
_ « arrêtes trente seconde, tu vois bien
bien que nous sommes sur le lieu de travail de maman
»
La scène est cocasse. La grande duduche traîne
par la manche ce qui semble être un enfant.
_ « Non, non, non, non, non , Non.. »
chantonne t’il en boucle tandis que je vois
enfin apparaître le visage rouge de colère
de sa mère dans l’encadrement de la porte.
_ « Mistinguette s’il vous plait soyez
assez aimable pour fermer la porte derrière
mois s’il vous plait »
Je sourit devant le ton désespérée
qu’elle emploi. J’observe en passant l’enfant.
Agé de 2 ans et demi voir 3 ans, il est blond
avec de grosse boucles, son visage est rond comme
les petites baigneurs. Ses yeux sont bleus, de longs
cils dorés ornent ses paupières. Il
a le teint laiteux et les joues légèrement
rosées. Il ressemble aux anges qui décorent
certains tableau, mais visiblement il n’en est
pas un !
Je failli m’étouffer en entendant son
prénom
_ « Gabriel, cela suffit, je suis déjà
très en retard ce matin, tu peux comprendre
cela, assis toi sur le fauteuil, tiens prends un stylo,
je te donne une feuille fais moi un beau dessin. »
_ « veux camion » dit l’enfant
_ « Non, je ne peux pas t’acheter toute
la vitrine, tu en a une collection à la maison
de camions »
Florence s’écroule dans son fauteuil
et émet un gros soupir.
_ « je sais la place d’un enfant n’est
pas dans son bureau de travail, mais la maîtresse
est malade et évidemment c’est a nous
les parents de se débrouiller, ah ces fonctionnaires,
ils passent leurs temps à être absents,
malades ou en vacances, certains choisissent la bonne
planque. Gabriel n’écrit pas sur le canapé,
non d’une pipe ! Ne touche pas à ce téléphone
!
Elle rajoute
_ « c’est le terrible two, la période
d’opposition. Ce n’est pas faute d’avoir
lu tout un tas de bouquins sur le sujet. Ce matin
il a encor trouvé le moyen de mordre la cuisse
du chien de la voisine. »
J’ai du mal à conceptualiser la scène.
Je crois n’avoir jamais entendu une pareille
histoire.
_ « Si on m’avait dit que c’était
comme cela d’éduquer un enfant, avant,
jamais je n’en aurais fait. En tout cas, un
deuxième ? Non moi jamais. Mais ou vas-tu,
tu ne pars pas dans l’immeuble tout seul »
La voilà qui repars juste derrière lui
dans le couloir.
Je réfléchis et j’imagine sans
peine son quotidien, chez elle lorsqu’elle rentre
le soir.. J’en viendrais presque à la
plaindre. Je l’entend qui reviens et qui crie
:
_ « mais cela ne va pas ?qu’est ce qui
ne va pas dans ta tête ? tu es vraiment trop
gâté ! On ne jette pas le rouleau de
papier toilette dans la cuvette et la chasse d’eau
n’est pas un jouet, pas besoin de la tirer 15
fois. , Mistinguette ,je crois que je vais partir
déjeuner, je déposerai ensuite mon fils
à la maison, il y a la bonne, elle s’en
chargera cet après midi »
Elle attrape sa progéniture par l’encolure
et sort aussi vite qu’elle venait de rentrer.
Je me lève et je jette un œil par la fenêtre.
Je la vois arriver sur le parking. Gabriel se jette
violement sur le sol. Il sert les poings et tapent
des pieds, allongé sur le sol, il hurle à
plein poumon. On dirait un animal que l’on égorge.
Elle jette rapidement un œil aux fenêtres,
qui se remplissent de plus en plus de regards accusateurs
au fil des minutes qui passent. Elle fini par le porter
comme un sac à patate sur son épaule,
l’installe dans son siège auto et démarre
en trombe sa voiture.
Je regarde l’heure, c’est la pause déjeuner,
assez d’émotion pour cette matinée,
je remballe mes affaires et je quitte mon travail
pour mon restau préféré.
Il est 13h lorsque je rejoins Daphné, une collègue
de boulot. Je prends mon temps pour choisir mon menu,
tout est bon la bas. C’est un vrai supplice
que de devoir choisir. Aussi je suis ravie lorsque
le serveur m’apporte enfin mon potage de crustacés.
J’entends soudain
_ « ça suffit Gabriel, arrête d’agiter
tes jambes, c’est insupportable, mange ta viande,
tu n’auras pas deux dessert »
Je n’ose pas tourner ma tête. Je relève
les yeux. Légèrement a ma droite un
peu en face dans la pénombre, derrière
un pilier, se trouve duduchue et mini duc en train
de manger. Je vois des postillons sortir de la bouche
de la dame tandis qu’elle lui hurle dessus.
_ « veux camion »
Gabriel joue avec les petits bouts de viandes viande
qui composent son assiette.
_ « Gabriel, je n’en peux plus, stop !une
fois..
_ « veux camions » répète
t-il toujours en agitant ses jambes
_ « deux fois »
_ « VEUX CAMION »
_ « et… »
Soudain je vois un objet volant non identifié
se diriger sur moi, je n’ai pas le temps de
réagir. Voilà que je vois l’objet
atterrir ou plutôt « amerir» dans
mon potage en faisant un large « splash ! ».
M’éclaboussant, éclaboussant Daphné
qui se met à pleurer de chaude larmes.
_ « Oh non ma belle robe blanche Dior »
s’exclame telle
Je la regarde confuse, puis je regarde mon assiette
.C’est une chaussure que je vois baignant parmi
mes crevettes. Une petite sandale de taille 24. Je
relève la tête et je vois Florence rouge
de honte. Elle se dirige vers nous muni de sa serviette.
Je pense dans un premier temps qu’elle va épancher
la table, mais non, il n’en est rien. Elle reste
droite comme un I, fier comme un paon ; Daphné
pleure toujours.
_ « dépêche toi viens ici ! Tu
vois ce que tu viens de faire ? »
Gabriel regarde ses pieds, il a le regard absent et
un léger rictus orne son visage de poupon.
Une seule phrase sort de sa bouche :
_ « veux camion ! »
_ « vous me donnerez la note de frais du pressing
pour le nettoyage »
Elle se retourne vers son fils
_ « je ne sais vraiment pas ce que j’ai
loupé avec toi, aller on y va »
Elle se retourne sans une excuse, ni un regard pour
nous. Je tends un mouchoir à daphné,
qui mouche bruyamment son nez .
Moi non plus je ne sais pas ce qu’elle a manqué,
non vraiment pas.