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La galanterie

La galanterie et la politesse, révolues?
Par Suzanne Décarie

Que reste-t-il du temps où les hommes étaient aux petits soins avec les femmes? Quelle place fait-on aujourd'hui à la galanterie, ou même à la simple politesse? Aurait-on tout jeté par-dessus bord?

Un concept dépassé?
Dépassée, la galanterie!, affirmait Chanel Boucher. Mme Boucher, reprochaient à cet «empressement inspiré par le désir de conquérir une femme» (Le petit Robert) d'entretenir les attitudes sexistes, de maintenir la femme à un niveau inférieur, de la rabaisser au rang de simple objet de convoitise. D'aucuns ont riposté que rien n'empêchait les femmes de faire à leur tour preuve à l'endroit des hommes de galanterie, qualifiée par les uns de forme supérieure de politesse, par les autres de plaisir de faire plaisir. La galanterie n'est pas morte
Pas morte certes, mais à redéfinir. Où sont donc passées nos bonnes manières? Chassées par l'égalité de sexes?

«Dans les années 1980, l'arrivée en nombre des femmes sur le marché du travail a perturbé les hommes qui se demandaient, et se demandent encore, comment agir avec des femmes qui ont souvent la répartie cinglante devant leurs galantes attentions», note Ginette Salvas, diplômée de la Washington School of Protocol et fondatrice de l'École internationale d'étiquette et de protocole. L'ère des princesses passives qui attendaient qu'on leur pave le chemin de roses est néanmoins révolue. Les femmes ne sont plus ces petites choses fragiles qui ont besoin de la sollicitude chevaleresque de leurs collègues et compagnons pour affronter la vie. Même si elles adorent encore cela.

«En affaires, il n'y a plus d'hommes et de femmes, c'est la hiérarchie qui compte», souligne Ginette Salvas. Ce qui ne veut pas dire que la galanterie ne soit plus de mise. Bien au contraire. Les femmes doivent elles aussi faire preuve de souci des autres. Nombre d'entrevues de sélection s'achèvent d'ailleurs au restaurant où l'on évalue le savoir-vivre des candidats. Au restaurant, justement, qui règle la facture maintenant que les femmes travaillent? «Celui ou celle qui invite», tranche Ginette Salvas en insistant sur le mot «invite». Et si l'on souhaite être vraiment chic, femme ou homme, on suit le conseil de Danièle Parent et on invite l'autre à manger dans un restaurant que l'on connaît et qui nous connaît, en prenant soin d'appeler à l'avance pour donner son numéro de carte de crédit. L'addition sera ainsi réglée sans avoir à passer par la table. Qu'il y ait ou non invitation, Danièle Parent suggère toutefois de payer sa part dans le cadre d'un rendez-vous qui se veut galant mais que l'on sait sans lendemain. De la même manière, chacun règle son addition lorsque deux personnes conviennent de se rencontrer au restaurant. Pour éviter toute confusion, Mme Salvas propose alors de mentionner d'emblée au serveur de préparer deux additions. Et de plus en plus d'entreprises offrent des cours de bonnes manières à leurs cadres. «Il ne s'agit pas nécessairement de savoir quelle cuiller utiliser, mais de se comporter avec élégance», résume Danièle Parent, conférencière, formatrice et auteur de Pour bien vivre... il faut du savoir-vivre!


Selon elle, hommes ou femmes, jeunes et vieux, nous devons tous être courtois avec tous, notre chauffeur d'autobus, notre coiffeuse, notre médecin, notre patron, nos amis, parents et amoureux... Chaque moment de la vie se trouve ainsi amélioré. Et ce n'est pas tout. «La courtoisie, c'est un jeu de séduction. Si nous sommes séduisants, nous réussissons mieux dans notre vie personnelle ou professionnelle», assure Mme Parent.

Comment y arrive-t-on? En maîtrisant, bien sûr, certaines règles de base. Porter la tenue qui convient tant à son âge qu'à la circonstance, bien se tenir à table, ne pas parler la bouche pleine, manier adroitement serviette et ustensiles, avoir le sens de la répartie, converser facilement, utiliser son cellulaire avec civisme en le fermant le plus souvent possible dans les transports en commun comme au restaurant... «Il s'agit avant tout de vous démarquer par des petits gestes qui font qu'on se souviendra de vous, dit Danièle Parent. Par exemple si, au restaurant, vous revenez à table et qu'une personne se lève pour vous aider à vous asseoir, vous ne l'oublierez pas.»

Autre temps, autres moeurs
Qu'en était-il, il y a 40 ans? En parfait gentleman, un homme marchait sur le trottoir du côté de la rue pour empêcher la femme qui l'accompagnait de se faire éclabousser ou frapper. Dans les escaliers, il la précédait en descendant, la suivait en montant pour lui éviter les chutes ou la retenir. Il sortait d'un ascenseur pour la laisser entrer. Il lui ouvrait portes et portières, lui cédait le passage partout ou presque, se levait quand elle entrait dans une pièce, enlevait son chapeau pour la saluer en courbant la tête, attendait qu'elle lui tende la main avant de serrer ou de baiser celle-ci, lui laissait son siège dans le train, l'autobus, le métro, l'aidait à s'installer à table, réglait l'addition au restaurant, lui tendait son manteau, allumait sa cigarette... Il n'hésitait pas à user de compliments, tentait de bien se tenir en sa présence, de maîtriser l'art de la conversation.

Après l'époque désinvolte où bien des femmes, fortes d'une autonomie et d'une indépendance auxquelles leurs mères n'avaient jamais goûté, refusaient toute manifestation de courtoisie de la part d'un représentant du sexe opposé: «Non merci, je suis capable! D'ouvrir une porte, de mettre mon manteau, de porter mes paquets, de m'asseoir!» Ou répliquaient aux compliments: «Merci de me dire que je suis belle aujourd'hui, ça veut dire que je ne l'étais pas hier!» («Quand on reçoit un compliment, on dit merci en souriant, point à la ligne», insiste Ginette Salvas.)

Certains hommes bien élevés ont persisté à offrir leur bras, leur aide, leur gentillesse, quitte à se faire rembarrer, d'autres en ont profité pour oublier au plus vite les manières que l'école ou leur maman avaient tenté de leur inculquer, d'autres encore hésitent. Ils craignent de se faire rabrouer s'ils offrent à une femme de porter ses paquets ou s'ils s'empressent de lui ouvrir la porte! De se faire accuser de harcèlement s'ils font un compliment. Pourtant, ceux qui osent se distinguent généralement.

On remarque les attentions autant que les tenues déplacées ou les mauvaises manières. Et puis, avouons-le, rares sont les personnes qui n'apprécient pas les délicatesses qui viennent mettre un peu de liant dans la vie en société, car c'est à cela qu'elles servent, les bonnes manières: à arrondir les angles, à assouplir les relations, à bonifier les rapports humains. On aime que les gens qui nous entourent soient gentils. On aime sentir qu'ils sont vraiment présents et qu'ils se soucient de notre bien-être comme on devrait se soucier du leur. «Les bonnes manières précèdent les bonnes actions, et y mènent», écrit avec sagesse le philosophe André Comte-Sponville dans son Petit traité des grandes vertus.


 

 

 

 

 

 

 

 

     

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