
Dictionnaire
du machisme
Est-il plutôt machiste, misogyne, phallocrate
ou sexiste ? Révisez vos définitions
avec ce petit dictionnaire du machisme.
Le machisme ?
Macho signifie "mâle" en espagnol.
Ce mot a donné en français les termes
"macho" et "machiste" (tous deux
utilisés comme nom commun ou comme adjectif),
et le nom commun "machisme" pour désigner
le comportement d'un macho. Donc rien à voir
avec ce bon vieux Maciste, un italien lui, héros
populaire de la Rome antique, revisité par
quelques films peplum des années 50.
Le trait principal du macho est d'être très
attaché aux qualités qu'il considère
comme "viriles" (telles la force physique).
C'est cette virilité qui justifie à
ses yeux la supériorité qu'il considère
avoir sur les femmes. Exemple : pour un machiste,
toute tâche domestique est exclue car elle le
"déviriliserait".
La misogynie ?
Le terme vientdu grec misein, haïr, et gunê,
femme. Un misogyne ne considère pas seulement
les femmes comme inférieures, mais il hait
et méprise la gente féminine dans son
ensemble.
La phallocratie ?
Encore du grec : phallos, sexe masculin, et kratos,
pouvoir. Alors que le machisme s'applique beaucoup
à la vie privée, la phallocratie s'entend
plutôt dans la vie publique : ce terme désigne
en effet un système social où les hommes
dominent les femmes en termes de droits et de pouvoir.
A partir de la même racine, on a formé
aussi "phallocentrisme" : la tendance à
privilégier le point de vue masculin.
Le sexisme ?
C'est le mot le plus généraliste. Il
ne s'agit ni d'un système (comme la phallocratie)
ni d'un sentiment (comme la misogynie), mais d'un
comportement en société. Etre sexiste,
c'est avoir une attitude discriminatoire fondée
sur le sexe. Exemple : à compétences
égales, préférer embaucher un
homme plutôt qu'une femme... ou une femme plutôt
qu'un homme.
Selon les définitions, le sexisme peut aussi
renvoyer au fait d'avoir des idées bien arrêtées
concernant ce que sont les "natures" féminine
et masculine. Exemple : un homme ne pleure pas, et
une femme doit nécessairement être douce,
etc...
Christine Castelain-Meunier : "Les nouveaux machos
avancent masqués"
Qu'est-ce qu'un macho ? Christine
Castelain-Meunier Le macho est un homme avec un double
visage. D'une part sa vraie personnalité, enfouie,
d'autre part les stéréotypes du masculin,
sur lesquels il se modèle.
Quels sont donc ces fameux stéréotypes
?
D'abord, "l'honneur", qu'il convoque à
tout bout de champ. "L'honneur", pour un
macho, ça signifie : ne pas être sensible,
ne pas avoir peur, être supérieur à
la femme. Donc, en pratique : à la maison,
le macho juge qu'il s'abaisse s'il partage des tâches
domestiques comme la cuisine ou les soins aux enfants.
En amour, l'idéal du macho est de séduire
une femme et d'en profiter, sans souci de partage
dans le couple et surtout sans s'attacher. Sa performance
sexuelle s'entend uniquement du point de vue des critères
masculins (la taille, l'endurance), et non des critères
féminins (les préliminaires, l'attention
pour l'autre...).
Comment devient-on macho ?
D'abord par l'éducation. Comprenez que cela
fait à peine une génération que
les comportements masculins commencent à changer.
Il y a donc forcément encore beaucoup de transmission
en jeu. Même si on ne demande plus systématiquement
à la petite fille de débarrasser, il
y a des choses qui perdurent encore dans la manière
d'expliquer aux enfants les différences entre
masculin et féminin.Ensuite, certains hommes
deviennent machos justement parce que la société
change. Il y a des différences entre les générations
qui sont gigantesques. Certes, le changement n'aboutit
pas encore à l'égalité parfaite,
mais les bases sont en train de bouger. Du coup, certains
hommes, angoissés par la perte de leurs repères,
se rassurent en revenant aux modèles d'autrefois.
Certains hommes seraient machos justement
parce le monde bouge… Plutôt paradoxal,
non ?
Dès qu'un individu a du mal à trouver
sa place, à se faire respecter, il a envie
de se réaffirmer en renvoyant aux autres des
signes indiscutables de virilité : violence,
appartenance à une bande, sexualité
conquérante… Dans une société
où tout devient si flou, croire à nouveau
en des rôles différenciés permet
à un homme fragile de retrouver des repères.
Le macho sait ce qu'il a à faire. Il sait que
s'il est "un homme, un vrai", il regarde
le foot, il va au boulot, il drague des filles, il
peut, - et même il doit !, boire de la bière
avec des potes… Ces rituels sont bien identifiés,
et le machisme a encore de beaux jours devant lui.
Les modèles anciens n'ont donc pas encore disparu…Ce
qui est fascinant, c'est que tous les modèles
se juxtaposent. Sous le modèle moderne, il
reste le modèle de la société
industrielle, où l'homme était celui
qui assurait les revenus du ménage. La preuve
: aujourd'hui, à qualification égale,
il reste des différences de salaire entre hommes
et femmes. Et sous ce modèle industriel, encore
plus profondément, perdurent certaines conceptions
du Moyen-Age. A l'époque, pour une société
touchée par la famine et la maladie, l'important
c'était de se reproduire. D'où l'importance
accordée au phallus, symbole de la puissance
masculine. Et aujourd'hui, on retrouve encore souvent
cette idée que la filiation, l'inscription
dans l'histoire, se fait par le biais de l'homme et
non de la femme.
Voilà pour les machos historiques.
Et les machos actuels ?
Ceux que je rencontre le plus fréquemment aujourd'hui,
et ce sont les pires, ce sont ceux qui avancent masqués.
Ces nouveaux machos n'osent plus revendiquer le pouvoir,
et ils se la jouent doux, ouvert au dialogue. Mais
si l'on creuse, on s'aperçoit qu'au fond, ils
ne font pas grand-chose à la maison, ils continuent
de considérer la femme comme un faire-valoir,
et ils ne sont pas corrects avec les femmes dans leur
milieu professionnel. Souvent aussi, quand ils ont
un enfant, les nouveaux machos sont déroutés
et vont se rassurer dans les bras d'une autre.
Quels sont les points faibles du macho ?
D'abord, quand on est un homme, ce n'est pas forcément
un modèle qui vous avantage (tout le monde
n'a pas les biceps et l'assurance qui va avec les
stéréotypes du macho). Et puis, on peut
se sentir ridicule quand on est macho : au fond, pour
beaucoup de gens, ce mec qui vante ses prouesses sexuelles,
qui ne lève pas le petit doigt à la
maison, qui ne sait pas se faire cuire un œuf…
c'est un troglodyte et un beauf, c'est tout. Ce n'est
pas une image très attirante !
Comment contrer un macho ?
Il faut le surprendre. Lorsqu'on remet en cause ses
valeurs, ça le déstabilise. Les machos
manquent considérablement de souplesse, alors
qu'on est dans une société où
il faut savoir s'adapter. Le macho ne prend pas de
recul par rapport à lui-même ; c'est
un bouc qui fonce droit devant lui. Du coup, alors
qu'il cherche à se montrer dominateur, il est
très manipulable.
Le machisme, ça se soigne… ?
Bon courage aux femmes qui veulent essayer de curer
un homme de son machisme ! Si une femme veut soigner
un macho, il faut déjà qu'elle ait le
courage d'aller vers lui. Qu'elle soit très
forte, qu'elle ait beaucoup d'énergie, d'assurance
et d'estime d'elle-même. Enfin, elle doit être
adroite, et ne pas se montrer trop moralisatrice et
vindicative d'emblée : elle risque de braquer
le macho, campé sur sa position de défense.
Il faut laisser du temps aux hommes… et ne pas
oublier non plus que les femmes aussi ont parfois
du mal à se repérer.
Les femmes auraient-elles aussi quelque chose
à se reprocher ?
Certaines femmes ont parfois une position ambivalente.
Elles peuvent souhaiter que les hommes soient un peu
machos, c'est-à-dire qu'ils se maîtrisent,
qu'ils soient forts, les rassurent, vantent leur féminité.
Les hommes reçoivent donc des messages contradictoires
: il faut qu'ils soient forts et en même temps
qu'ils soient doux ; qu'ils assument le boulot mais
qu'ils soient disponibles dans leur vie personnelle
; qu'ils ne se prennent pas la tête mais qu'ils
soient capables de créer un climat de complicité
et d'érotisme. Ils doivent assurer sur tous
les registres… C'est dur, mais en même
temps, c'est un défi assez chouette, non ?
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