Mr Cerveau,
Mme Cervelle
Les femmes peuvent
parler et écouter en même temps. Pas
les hommes. Une différence parmi d’autres
que la science, aujourd’hui, permet d’expliquer.
Erik Pigani Le cerveau serait-il sexué lui
aussi ? Grande question, à l’origine
d’un débat qui agite fébrilement
le monde scientifique depuis plus de un siècle
et à propos de laquelle des énormités
ont parfois été proférées.
Depuis une dizaine
d’années, on sait que les hormones sexuelles
jouent un rôle essentiel au cours de la vie
embryonnaire et néonatale : elles provoquent
non seulement des modifications du corps, mais aussi
du cerveau. Sur le plan génétique, ces
hormones – testostérone ou œstrogènes
– imprègnent le fœtus et créent
les circuits neuronaux responsables des comportements
mâles ou femelles. On peut donc dire que l’on
naît avec un cerveau "garçon"
ou un cerveau "fille", avec, bien sûr,
toute la palette de différences et subtilités
qui fait l’extraordinaire variété
du genre humain. Cela expliquerait, par exemple, qu’en
matière d’apprentissage, les filles sont
nettement plus performantes que les garçons
jusqu’à l’âge de 4 ou 5 ans.
La différence disparaît ensuite pour
réapparaître vers la puberté,
période qui correspond à une production
élevée de testostérone chez les
garçons.
Aujourd’hui,
avec les progrès de l’imagerie médicale
et sa batterie de scanners, IRM et autres capteurs
d’activité mentale, on en sait davantage.
La découverte la plus importante : les hémisphères
cérébraux d’une femme sont moins
spécialisés que ceux d’un homme.
Si cet élément permet d’expliquer
certaines différences, elle ne peut en aucun
cas servir d’argument pour décréter
que les premières sont faites pour pleurer
et les seconds pour être ingénieurs !
Bien des femmes, en effet, savent parfaitement lire
les cartes routières, et bien des hommes rangent
leurs chaussettes !
Elle n’arrête
pas de parler !
Même si les hommes ont parfois du mal à
le croire, une femme peut parler et écouter
en même temps ! Lorsqu’elle parle, le
scanner révèle que deux régions
bien spécifiques de son cerveau – dans
l’hémisphère frontal gauche et
dans l’hémisphère frontal droit
– fonctionnent conjointement. La cause : les
œstrogènes de la femme stimulent en permanence
les liens entre les deux hémisphères
cérébraux et incitent davantage les
cellules nerveuses à créer des connexions.
Les femmes auraient ainsi 30 % de connexions neuronales
supplémentaires dédiées au langage…
Comme l’hémisphère
gauche de la fille se développe aussi plus
rapidement, elle parlera plus vite et mieux que son
frère, apprendra plus facilement une langue
étrangère, etc. Chez l’homme,
la parole, répartie dans l’hémisphère
gauche, ne semble pas liée à une région
spécifique, comme s’il ne possédait
pas de centre dévolu à cette fonction.
Cela peut expliquer qu’il ait moins besoin de
communication, et que la clientèle des orthophonistes,
qui soignent les troubles du langages, soit essentiellement
composée de petits garçons…
Il n’écoute
que d’une oreille…
Lorsqu’un homme regarde la télévision,
il devient sourd ! Inutile de se moquer de lui, car
il y a une raison physiologique : le corps calleux
de son cerveau, une zone qui permet aux deux hémisphères
de communiquer, est nettement moins épais que
celui de la femme. Aussi, son cerveau "compartimenté"
ne peut-il accomplir qu’une tâche à
la fois. Exemple : en réunion, même lorsqu’il
est très attentif, un homme utilise surtout
son oreille droite, directement branchée sur
son "cerveau gauche", responsable de la
reconnaissance des mots. Bien sûr, les deux
oreilles entendent, mais les connexions sont moins
fortes. Et c’est pourquoi les femmes, elles,
lorsqu’elles sont en réunion, ont tendance
à vouloir parler toutes en même temps…
Elle est incapable
de lire une carte routière
C’est bien connu : les femmes sont de piètres
navigatrices. Donnez-leur une carte routière,
elles vont la tourner dans tous les sens, avant d’avouer
qu’elles ne savent pas où elles sont…
De nombreuses études ont exploré ce
sujet. Les hémisphères cérébraux
du petit garçon étant plus spécialisés,
il saura plus facilement s’orienter dans l’espace
et assembler les pièces d’un puzzle.
La petite fille, elle, va plutôt développer
le sens du détail et ses aptitudes verbales.
C’est pourquoi, aussi, les garçons sont
beaucoup plus à l’aise dans les jeux
virtuels et peuvent rester scotchés à
leur console pendant des heures.
Il est insensible…
Comme les femmes ont une meilleure aptitude verbale
et une plus grande réceptivité sensorielle,
elles parlent plus facilement de leurs sentiments,
d’autant que, dans leur cerveau, les centres
du langage et ceux des émotions se superposent.
Ce qui explique chez elles une certaine difficulté
à séparer les sentiments de la raison
! L’homme, au contraire, a des cases "langage"
et "émotions" bien distinctes, et
dont la juxtaposition est loin d’être
automatique. A tout ceci, on ajoutera, évidemment,
ce que l’on sait
Il ne retrouve
jamais ses chaussettes !
La femme a un angle de "vision périphérique
bien supérieur" : sans même tourner
la tête, elle peut faire l’inventaire
de tout ce qui se trouve dans une armoire, par exemple.
Cependant, elle aura besoin de nombreux détails
pour se repérer. L’homme, lui, est obligé
de tourner sa tête dans tous les sens pour enregistrer
ce qui l’entoure… En revanche, il a une
meilleure acuité visuelle et peut voir très
loin.
Dans le quotidien,
ces différences de perception spatiale se traduisent
au niveau du rangement. Dans une armoire, donc, une
femme va s’inquiéter de la place de chaque
objet et classer les vêtements par catégories
séparées : un étage pour les
pulls, un pour les tee-shirts, un pour les jeans,
etc. Un homme, qui a une perception plus globale,
classe plutôt par ensembles non séparés
: la tenue de jogging – avec chaussettes et
chaussures ! – dans un coin, les vêtements
pour aller travailler dans un autre. Ordre et rangement
n’ont pas exactement le même sens pour
chacun…
Elle a un
sixième sens
Les analyses par IRM ont montré que, lorsque
le cerveau d’un homme est au repos, au moins
70 % de son activité électrique est
inerte. L’activité de la femme, en revanche,
continuant de fonctionner à 90 %, celle-ci
ne cesse de recevoir et d’analyser les informations
qui proviennent de son environnement. Elle remarque
donc mieux aussi les nuances de la voix, du langage
corporel ou les stimuli sensoriels. De même,
elle "sent" l’état de santé
de son enfant… déjà sur l’éducation
des garçons et des filles…
Il s’habille n’importe comment !
Un homme est incapable de saisir les dégradés
subtils des tons d’une robe. Quand une femme
utilisera toutes les ressources de son vocabulaire
– et même plus ! – pour décrire
ce qu’elle voit, un homme dira, au mieux, "rouge"
ou "vert". Les scientifiques ont démontré
cette supériorité des femmes à
distinguer les couleurs plus rapidement. La cause
probable : la rétine de l’œil contient
130 millions de cellules en forme de cônes,
qui perçoivent les couleurs ; c’est le
chromosome X qui produit ces cônes ; les femmes
ayant deux chromosomes X, ceci pourrait expliquer
cela …
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