Le
père idéal: Maman!
Plus
impliqués, plus affectueux, plus tendres et
même plus disponibles, les pères d'aujourd'hui
auraient de plus en plus tendance à se transformer
en de vraies mamans. Au vu des résultats de
l'enquête Ipsos / Enfant Magazine, il apparaît
assez clairement que les parents des jeunes enfants
ont le sentiment que la notion de paternité
a connu une véritable "révolution"
et que les comportements et les attitudes des papas
d'aujourd'hui n'ont plus rien à voir avec ceux
de leurs propres parents. Ces mêmes pères
qui se promènent fièrement avec leur
nourrisson en kangourou sur le ventre affirment désormais
haut et fort qu'ils savent s'occuper tout seul de
leurs enfants, que gérer les terreurs nocturnes
du petit dernier est aussi bien leur affaire que celle
de leur compagne et que si leur rejeton se blesse
dans la cour de la maternelle, on peut compter sur
eux pour quitter une réunion de planning et
l'emmener tout de suite chez le pédiatre. Qu'en
est-il vraiment ? Est-ce à dire que le père
idéal serait enfin arrivé ?
De
fait, la notion même de paternité et
son contenu semblent avoir profondément évolué.
Pour autant, tout n'est pas pour le mieux aujourd'hui
dans le meilleur des mondes. D'abord parce qu'il existe
un décalage certain entre ce que les pères
déclarent aujourd'hui faire et ce que les mères
ressentent. Ensuite, parce que la plupart des mamans
estiment qu'il y a encore un peu de chemin à
faire avant que les papas d'aujourd'hui ne se transforment
véritablement en "pères idéals".
Au-delà de ce simple constat, qui pourrait
nous faire sourire de la forfanterie des hommes, toujours
prêts à se vanter d'en faire toujours
plus, les résultats de l'enquête génèrent,
comme on le verra, certaines interrogations. Et si
cette nouvelle répartition des rôles
au sein du couple n'était pas aussi une source
potentielle d'incompréhension entre des pères
qui se cherchent encore dans leur nouveau rôle
et des mères qui, parce qu'elles doivent aussi
désormais concilier leur vie familiale et leur
réussite professionnelle, attendent "toujours
plus" de la part de leur conjoint ?
L'avènement
de la nouvelle paternité, la révolution
est bien en train d'avoir lieu
L'enquête réalisée auprès
de 517 parents d'enfants de moins de 7 ans montre
qu'en une génération, les pères
ont en effet radicalement changé. Et l'on peut
effectivement parler d'une révolution, aujourd'hui
ressentie par la très grande majorité
de la population parentale. De fait, par rapport à
la façon dont cela se passait à la maison
avec leur père, la très grande majorité
des parents de jeunes enfants considèrent que
les pères d'aujourd'hui sont plus affectueux
(78%), 45% d'entre eux estiment même qu'ils
le sont beaucoup plus. Les femmes ressentent ce phénomène
presque aussi intensément que les hommes (74%
pour les pères et 81% pour les mères).
L'image du "pater familias", celui qui incarnait
l'autorité et la sévérité,
s'étiole aussi fortement. 54% des parents interrogés
considèrent que les papas d'aujourd'hui sont
moins autoritaires que ne l'étaient leurs propres
pères (et 26% qu'ils ne le sont ni plus, ni
moins).
Surtout, les choses semblent avoir le plus évolué
dans le domaine des tâches quotidiennes et celui
de la disponibilité. En effet, les parents
de jeunes enfants considèrent massivement que
les pères d'aujourd'hui sont plus impliqués
dans les tâches quotidiennes (85%). 46% pensent
même qu'ils le sont beaucoup plus qu'avant.
Ce sentiment est plus ressenti par les hommes (90%)
que par les femmes (81%).
La
plus grande disponibilité des "nouveaux
pères" est aussi très majoritairement
ressentie (80%), aussi bien par les plus jeunes (82%
des moins de 35 ans) que par les plus âgés
(78% des plus de 35 ans), aussi bien au sein des catégories
de revenus les plus basses (69% des personnes dont
le niveau de revenu mensuel est inférieur à
1143 €) que les plus élevées (84%
gagnant 3048 € et plus).
Ainsi, les évolutions comportementales des
nouveaux pères (plus affectueux, moins autoritaires,
plus impliqués dans les tâches quotidiennes…)
sont aujourd'hui majoritairement ressenties au sein
de l'ensemble de la population, quels que soient le
sexe, l'âge, la catégorie socioprofessionnelle,
le niveau de revenu ou encore la localisation géographique.
Des évolutions qui se traduisent dans les faits
: les pères disent assumer de nouvelles missions
A
la lecture des résultats, on a aujourd'hui
le sentiment que Saddy Rebbot, le célèbre
"papa poule" des années 80, a fait
école. La grande majorité des pères
semblent désormais intervenir de façon
importante dans des domaines qu'il y a encore peu
de temps encore, étaient souvent perçus
comme relevant du "domaine réservé"
de la mère. Mieux, la très grande majorité
d'entre eux affirme assumer ces missions, sans que
cela leur pose le moindre problème. Ainsi,
la quasi-totalité d'entre eux affirme qu'il
leur arrive de s'occuper tout seul des enfants, sans
aucune difficulté (94%). Une minorité
d'entre eux avoue le faire mais faire tout ce qui
est possible pour que la mère le fasse à
leur place (5%) ou ne jamais ou presque jamais s'en
occuper seuls (1%).
De même, se lever la nuit pour aller rassurer
l'enfant qui a fait un cauchemar ou qui fait un peu
de température ne semble plus être l'apanage
de la mère : 83% des pères de jeunes
enfants disent le faire, sans que cela ne leur pose
un quelconque problème. Seulement 8% d'entre
eux disent le faire mais faire tout ce qu'il peuvent
pour pousser la mère à sortir de dessous
la couette à leur place tandis que 9% avouent
ne pas se lever ou ne le faire que très rarement.
Enfin, quitter son travail pour faire face à
un imprévu avec les enfants ne semble plus
être ressenti comme une honte ou comme une tare
que l'on cache, loin s'en faut. 79% de nos nouveaux
pères répondent qu'ils le font et sans
aucun problème, tandis que 11% disent le faire
mais faire tout ce qu'ils peuvent pour l'éviter
et que seulement 7% avouent ne jamais le faire ou
presque.
Une situation en partie confirmée par les mères
même si elles relativisent fortement les dires
des nouveaux pères
Cet
état de fait est aujourd'hui en partie confirmé
par la grande majorité des mères. La
plupart d'entre elles confirment que les pères
de leurs enfants s'investissent véritablement
dans ces nouvelles missions. Cependant, on note qu'elles
ne ressentent pas aussi fortement que les hommes ces
évolutions comportementales. Ainsi, 79% d'entre
elles affirment que les pères d'aujourd'hui
s'occupent des enfants, sans que cela leur pose le
moindre problème (alors que 94% des hommes
disaient le faire). En revanche, elles sont plus nombreuses
à considérer que lorsqu'ils le font,
c'est après avoir tenté de l'éviter
(10% alors que seulement 5% des pères disaient
de même) et même qu'ils ne le font jamais
ou presque jamais (10% contre seulement 1% des pères).
Par ailleurs, la majorité des mères
interrogées affirment aussi que les pères
d'aujourd'hui n'ont pas de problèmes pour faire
face à un imprévu avec les enfants,
sans que cela pose de souci (60% alors que 79% des
hommes affirmaient le faire). Enfin, elles affirment
aussi majoritairement que les nouveaux pères
se lèvent la nuit pour aller s'occuper de celui
qui a fait un cauchemar ou qui fait un petit peu de
température. Mais là encore, les mères
ont une perception plus contrastée de la situation.
En effet, si 83% des pères interrogés
disaient sortir sans aucun problème de leur
lit pour le faire, seulement 56% d'entre elles confirment
les dires des papas. Elles estiment beaucoup plus
fréquemment que ces derniers restent toujours
ou presque toujours dans leur lit (24% alors que seulement
9% des hommes avouaient ne pas se déplacer)
ou que s'ils le font, c'est après avoir tenté
tout ce qui était en leur pouvoir pour ne pas
y aller (17% alors contre seulement 8% des hommes).
Nul doute donc que les pères de jeunes enfants
ont beaucoup changé par rapport à leurs
aînés. Ils le ressentent très
fortement et l'affirment. La grande majorité
des mamans confirment que les papas d'aujourd'hui
n'ont plus grand-chose à voir avec les pères
qui étaient les leurs. Reste qu'il existe aujourd'hui
un fossé entre la façon dont les pères
et les mères ressentent la situation actuelle.
Si 65% des pères interrogés affirment
à la fois s'occuper des enfants, se lever la
nuit en cas de cauchemar ou encore quitter leur travail
pour faire face à un imprévu et sans
que cela leur pose le moindre problème ; en
revanche, on note que seulement 37% des femmes estiment
qu'ils le font effectivement.
Certes, cette différence de perception s'explique
très certainement pour une part, par une tendance
des pères à dire et à montrer
qu'ils en font autant que les mères dans ce
domaine. On crâne un peu et parfois beaucoup.
Toutefois, on peut aussi se demander si ces résultats
ne s'expliquent pas aussi pour une autre part par
les conséquences de cette nouvelle répartition
des rôles dans le couple. Une précédente
enquête réalisée par Ipsos pour
Enfant Magazine en 2002 montrait déjà
assez clairement que les parents de jeunes enfants,
et notamment les mères considèrent aujourd'hui
que leurs vies professionnelles et familiales ont
des interactions qu'ils ont du mal à gérer.
Leur vie professionnelle les empêche de vivre
pleinement leur vie familiale et leur vie familiale
est souvent perçue comme un frein à
leur épanouissement professionnel.
Dès
lors, n'est-il pas compréhensible que les mères
expriment aujourd'hui de fortes attentes vis-à-vis
de tout ce qui leur permettrait de gérer plus
facilement leur vie familiale avec leur vie professionnelle,
et plus spécifiquement une plus forte implication
des pères dans la gestion de la vie quotidienne
des enfants ?
L'enquête montre d'ailleurs que si les mères
interrogées considèrent massivement
que les nouveaux pères sont aujourd'hui plus
disponibles et plus impliqués dans les tâches
quotidiennes, dans le même temps, elles estiment
que ce qui manque le plus aux pères d'aujourd'hui
pour être des "pères idéals",
c'est d'abord la disponibilité (65%), et l'implication
dans les tâches quotidiennes et ménagères
(38%). Dans une moindre mesure, elles attendent d'eux
une plus grande capacité à éduquer
et à apprendre aux enfants (35%). L'autorité
arrive en dernière position (27%).
Peu de mères se targuent de vivre aujourd'hui
avec le père idéal en affirmant qu'il
ne leur manque aucune de ces prérogatives (seulement
3%).
La
personnalité qui représente aujourd'hui
le mieux le père idéal : Yannick Noah,
devant Zinédine Zidane
Père de quatre enfants, Yannick Noah arrive
en première position dans le classement du
père idéal (cité par 27% des
Français). Ce dernier est aussi bien plébiscité
par les plus jeunes (27% des moins de 35 ans) que
par les plus âgés (26% des plus de 35
ans) et aussi bien par les femmes (28%) que par les
hommes (26%). Au-delà du très fort charisme
dont a toujours bénéficié Noah,
ces résultats trouvent peut-être une
part d'explication dans le fait qu'il s'investit énormément
dans des causes humanitaires et plus spécialement
dans l'association "Les enfants de la terre"
créée en 1988 avec sa mère, qui
offre des foyers d'accueil aux enfants en difficulté
et dans le fait qu'il participe à diverses
actions de "Fête le Mur", association
dont il est le parrain, qui met des équipements
sportifs à la disposition des jeunes défavorisés.
Il est suivi de près par Zinédine Zidane,
tout aussi indéboulonnable du cœur des
Français que de celui des parents de jeunes
enfants, qu'ils soient pères ou mères
(24%).
Thomas Hugues arrive en troisième position
(12%), devant Johnny Depp (8%), Benjamin Castaldi
(7%) et Patrick Bruel (6%). On note que 16% des parents
interrogés estiment qu'aucun d'entre eux n'incarne
le père idéal. C'est plus particulièrement
vrai pour les hommes (22% contre 11% pour les femmes).
Est-ce à dire que ces derniers considèrent
qu'ils sont celui qui incarne le mieux le père
idéal ?
Etienne Mercier
Directeur d'études – Ipsos Public Affairs