

Les
limites de la crèche
Je
ne resiste pas a vous faire profiter de cet article que j’ai
trouvé sur : http://www.uniondesfamilles.org/
Anne
Wagner a derrière elle trente ans d’expérience
en crèche, bref, elle sait de quoi elle parle quand, en
collaboration avec une journaliste, Jacqueline Tarkiel, elle pose
la question que se posent chaque année des milliers de
jeunes parents :
Oui,
aujourd’hui, tout est fait dans les crèches pour
que les enfants s’épanouissent et vivent au mieux
l’absence de leurs parents,
Mais, jamais, au grand jamais, la crèche
aussi exceptionnelle soit-elle, ne doit remplacer les parents
Dans
sa démonstration, Anne Wagner fait uniquement appel à
son bon sens et à l’expérience. Son seul souci,
ce sont les tout-petits que l’on confie de plus en plus
jeunes et de plus en plus longtemps à des structures collectives.
La socialisation précoce est-elle la panacée ? Quels
adultes nous prépare-t-elle ? Démarche d’autant
plus intéressante qu’Anne Wagner avoue avoir été
pendant de longues années une chaude partisane du «
tout crèche » et comme elle se dit plus que jamais
féministe, on ne peut vraiment pas la taxer de vouloir
renvoyer les mères à leurs fourneaux : « il
y a quelques années, si l’occasion m’en avait
été donnée, j’aurais écrit une
apologie des crèches. L’âge m’ayant donné
du recul, l’inconditionnelle que je fus fait aujourd’hui
son bilan ».
"Entraînée au pas de course par le féminisme,
persuadée que les femmes devaient foncer dans le travail
et s’y épanouir, que rester chez soi à élever
ses enfants était dévalorisant, encouragée
par les « psy » et les spécialistes de l’enfance,
j’étais convaincue que la séparation du petit
enfant de son milieu familial était indispensable à
la constitution de sa personnalité. Notre métier
d’infirmière-puéricultrice et nos institutions
favoriseraient la « libération » du nourrisson
! N’avions-nous pas une panoplie parfaitement au point pour
adapter au mieux l’enfant à sa nouvelle maison ?
Le fameux « doudou », l’objet transitionnel
devait lui permettre de se passer de sa mère et de son
père."
" Nous n’avons plus la naïveté de croire
qu’il suffit à remplacer les parents. Déjà
dans les années cinquante, des spécialistes dénonçaient
les méfaits éventuels de l’institution sur
le bébé. Mais nous, les défenseurs de la
crèche, avions été jusqu’à démontrer
que leurs idées étaient sans fondement et que, grâce
à nos structures, nous pouvions créer de nouvelles
générations d’enfants. Je suis revenue de
toutes ces chimères et je me demande, avec d’autres,
quels adultes deviendront ces enfants élevés avec
des parents presque toujours absents. Eux aussi d’ailleurs
commencent à se poser des questions et je vois non seulement
des mères s’interroger, mais des jeunes pères
essayer d’intégrer dans leur « plan de carrière
» une disponibilité pour leur enfant. Ce n’est
pas par nostalgie du foyer, mais sous l’effet d’une
réflexion qui me semble nécessaire. Il faut aujourd’hui
savoir quelle place donner à l’enfant. »
La
vie à la crèche
Tout
dans une crèche est conçu en fonction des besoins
des 0-3 ans. Les locaux sont gais, clairs et pratiquement sans
danger (on ne peut malheureusement pas en dire autant de bien
des logements !). De plus en plus, priorité est donnée
à la convivialité sur l’hygiénisme
rigoureux de mise jusque dans les années 80.
« Les salles de bains avec leurs tables de change étaient
séparées les unes des autres par des vitres et ressemblaient
à des aquariums dont on devinait la succession à
travers la transparence. Mais il n’y avait aucune intimité.
L’hôpital collait encore à la peau des crèches.
Aujourd’hui, le souci primordial de l’architecture
est de permettre une relation directe entre le parent et la personne
qui va s’occuper de son enfant. Plus de salle de vestiaire
: le casier de l’enfant est directement dans sa salle de
jeux, l’enfant ne change pas de pièce (...). Enfin,
on utilise au maximum l’espace pour les activités
ludiques de l’enfant ».
Chaque enfant bénéficie de soins attentifs et souriants
de la part du personnel. La norme établie par le Ministère
de la santé prévoit une auxiliaire de puériculture
pour cinq enfants qui ne marchent pas (jusqu’à 15
mois environ), une auxiliaire pour huit enfants qui marchent.
De plus en plus souvent, pour éviter les changements successifs,
l’enfant reste entre les mains d’une seule auxiliaire
au cours de ses deux premières années et même
quelquefois trois ans de suite : c’est l’auxiliaire
de référence ou la référente, elle
s’occupe de 5 (ou 8) enfants, toujours les mêmes,
pour éviter qu’ils ne soient pris en charge par quatre
personnes différentes dans la même journée.
C’est elle qui remplit le carnet de liaison remis chaque
soir à la famille.
Les crèches sont beaucoup évolué et surtout
les parents y ont leur rôle à jouer lors de la période
d’adaptation bien sûr, mais ensuite au quotidien en
entretenant un dialogue de bonne qualité avec le personnel
et en veillant à ne pas considérer la crèche
comme une consigne. Anne Wagner a beaucoup de plaisir à
voir certaines auxiliaires invitées de temps en temps à
dîner dans les familles des enfants dont elles s’occupent...
mais ce cas de figure n’est malheureusement pas le plus
fréquent.
Les limites de la crèche
Malgré
tous les efforts faits par le personnel des crèches pour
améliorer la qualité de l’accueil, un certain
nombre d’enfants éprouvent de réelles difficultés
d’adaptation à la vie en collectivité. Selon
l’âge et le tempérament des enfants, ces difficultés
s’expriment de diverses manières : maladies ORL à
répétition, refus de dormir ou de boire son biberon,
fatigabilité ou énervement extrême... Anne
Wagner parle d’un véritable stress des bébés
de 3 mois ou à peine plus hors de la séparation
d’avec leur mère quand celle-ci doit reprendre son
travail. Parfois, ce stress peut durer des mois et disparaître
à condition que les parents veuillent bien y mettre du
leur. Il suffit parfois de peu de chose : s’arranger pour
reprendre l’enfant plus tôt le soir ou écourter
ses journées à la crèche en embauchant une
baby-sitter deux heures par jour, s’occuper plus de l’enfant
le soir à la maison et le week-end. S’il n’y
a aucune amélioration, il faut envisager un changement
de mode de garde. Outre le système traditionnel des nourrices
(assistantes maternelles) ou des personnes employées à
domicile, des solutions intermédiaires connaissent aujourd’hui
un grand essor : la crèche parentale et la crèche
familiale adaptées aux enfants qui se sentent perdus dans
un groupe trop important.
Souvent, il est difficile de faire entendre raison aux parents
quand leur enfant est rétif à la vie en collectivité,
on se heurte à un véritable fantasme parental :
seule la crèche éveille l’enfant, la «
socialisation précoce » engendre des petits génies...
C’est à voir, répond Anne Wagner en s’appuyant
sur des études très récentes, en particulier
un travail réalisé aux Etats-Unis : ce seraient
les enfants qui passent de 10 à 30 heures par semaine en
garde collective qui obtiendraient le meilleur développement
cognitif et social, tandis que les enfants qui subissent plus
de trente heures par semaine de ce type de garde de même
que ceux qui ne sont jamais placée obtiennent de moins
bons résultats. Et là encore, il importe de relativiser
: à la maternelle, si l’enfant de trois ans qui sort
d’une crèche est plus débrouillard que ses
petits camarades, à quatre ans, ils se confondent tous.
La garde collective à petites doses semble être la
bonne solution. Or, en France, la plupart des enfants font des
journées de 10-11 heures à la crèche... Si
les crèches restent ouvertes si longtemps, cela tient à
leur origine hospitalière. Au Danemark et dans la plupart
des pays scandinaves, bien que les crèches collectives
soient très performantes, les enfants ne peuvent y rester
plus de six heures par jour.
Les enfants et leurs parents en vacances
Anne Wagner s’inquiète de voir un nombre croissant
de parents se décharger complètement sur la crèche
de l’éducation de leurs enfants. Elle note des cas
de plus en plus fréquents d’enfants présents
douze mois sur douze à la crèche. Il s’agit
d’enfants de milieux plutôt favorisés dont
les parents choisissent de prendre leurs vacances « en amoureux
». Chaque semaine apporte son lot de petits malades qui
arrivent avec 37° à la crèche (grâce à
un suppositoire miracle)... et geignent deux heures plus tard
avec 39° C. Les parents s’insurgent quand on leur demande
de ramener à la maison leur bébé malade.
La
crèche fait si bien que les parents pensent qu’ils
n’ont plus rien à faire

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